Le défilé de la défaite

Le défilé du 9 mai : une commémoration en mutation

Depuis l’époque de Leonid Brejnev jusqu’à aujourd’hui, les défilés du 9 mai ont été l’occasion de célébrer la victoire de l’Union soviétique dans la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Grande Guerre patriotique, l’armée rouge a d’abord subi des pertes territoriales significatives avant de libérer ses terres et d’occuper militairement l’Europe de l’Est, l’Europe centrale et l’est de l’Allemagne. Cette guerre a coûté la vie à environ 20 à 27 millions de Soviétiques, dont les deux tiers étaient des civils, y compris près d’un million et demi de Juifs victimes de la Shoah par balles. Initialement, le 9 mai était une commémoration marquée par le deuil, où rares étaient les familles n’ayant pas perdu des proches.

À partir de 1965, alors que les blessures de la guerre commençaient à se cicatriser, le souvenir du 9 mai s’est transformé en une démonstration de force de l’armée soviétique, destinée à défendre le socialisme contre les menaces du monde capitaliste. Bien que l’URSS ait mené des actions de déstabilisation à l’étranger, elle prônait également la paix, avec une doctrine militaire défensive. L’idéologie officielle se résumait alors à « Plus jamais ça ! ».

Sous Vladimir Poutine, la signification des défilés a évolué. Les événements tels que le Régiment immortel affirment désormais une volonté de reconquête des anciennes républiques soviétiques. Les défilés du 9 mai mettent en avant des armes modernes, témoignant d’une ambition de rétablir une influence sur des territoires perdus. La guerre en Ukraine, déclenchée en février 2022, est perçue comme la première étape de cette reconquête.

Le défilé du 9 mai 2023 a révélé que la Russie est confrontée à des défis majeurs. Réduit à des fantassins et à quelques avions, le défilé s’est tenu devant des tribunes presque vides, avec la présence limitée de dirigeants étrangers. Pour organiser cet événement, Poutine a sollicité un cessez-le-feu de deux jours, une demande moquée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Actuellement, l’Ukraine, après avoir fait face à un hiver rigoureux et à des infrastructures endommagées, regagne du terrain. Son armée, souvent citée comme l’une des plus aguerries, attaque les positions ennemies et détruit des installations militaires. Elle produit désormais environ 50 % de ses propres armements, incluant des missiles de longue portée et des drones sophistiqués.

La comparaison entre les nazis d’hier et les Ukrainiens d’aujourd’hui a également eu des conséquences négatives pour le régime de Poutine. Alors que les Soviétiques avaient vaincu les nazis en quatre ans, les Russes peinent à dominer l’Ukraine, ayant perdu un nombre considérable de soldats. Lors du défilé, Poutine a évité d’évoquer des « nazis » ukrainiens, se contentant de désigner un « régime agressif » tout en promettant une fin imminente à la guerre.

En parallèle, des événements comme le défilé des veuves de soldats à Tchita illustrent la perception de la guerre parmi la population. Ces manifestations, bien que soutenues par la propagande, ne semblent pas inciter les jeunes à se mobiliser pour une guerre jugée absurde.

Cette dynamique met en lumière un contraste frappant : alors que Zelensky se rend au front et rencontre des leaders mondiaux, Poutine se cache, illustrant une vulnérabilité croissante pour un régime en quête de légitimité.

Cet article est basé sur des informations publiées par desk russie.

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